Indemnisation des ayants droit en cas de décès lié à l’amiante

Face à l’épidémie silencieuse de l’amiante, nous constatons que de nombreuses familles se trouvent désemparées lors du décès d’un proche. Sur nos chantiers de rénovation, particulièrement dans les bâtiments construits avant 1997, nous sommes régulièrement confrontés à ce matériau dangereux. En France, on compte encore près de 3 000 décès par an liés à l’amiante. Pour les proches des victimes, connaître leurs droits à l’indemnisation devient une nécessité absolue. Nous vous proposons un éclairage complet sur les démarches et dispositifs existants.
À retenir :
L’indemnisation des proches de victimes de l’amiante repose sur des mécanismes spécifiques méconnus mais essentiels.
- Le FIVA (Fonds d’Indemnisation des Victimes de l’Amiante) constitue le dispositif central d’indemnisation, offrant une alternative aux procédures judiciaires.
- Les ayants droit peuvent recevoir des indemnités pour le préjudice moral et les pertes économiques, selon un barème récemment revalorisé.
- La notion d’ayant droit est large, incluant conjoints, enfants, parents, petits-enfants et fratrie.
- Les indemnisations versées bénéficient d’un régime fiscal avantageux et sont exonérées d’impôt.
Comprendre le mécanisme d’indemnisation des victimes et des proches
Le Fonds d’Indemnisation des Victimes de l’Amiante (FIVA) représente le pilier central du système d’indemnisation en France. Créé par la loi du 23 décembre 2000, cet établissement public offre une voie alternative aux procédures judiciaires classiques. Dans notre pratique professionnelle, nous constatons que de nombreux clients ignorent l’existence de ce dispositif spécifique.
Pour les ayants droit, le principe de réparation intégrale s’applique selon deux mécanismes complémentaires. D’une part, l’action successorale permet aux héritiers de percevoir les sommes qui auraient dû être versées à la victime de son vivant. D’autre part, les proches peuvent être indemnisés pour leur préjudice moral personnel ainsi que pour les éventuelles pertes économiques consécutives au décès.
La notion d’ayant droit retenue par le FIVA dépasse largement celle de la sécurité sociale, se basant sur la proximité affective avec la victime. Sont ainsi concernés :
- Le conjoint survivant (qu’il soit marié, pacsé ou concubin)
- Les enfants (mineurs comme majeurs)
- Les parents de la victime
- Les petits-enfants (nés avant le décès)
- La fratrie (frères et sœurs)
Lors de nos interventions sur d’anciens bâtiments industriels reconvertis en logements aux Sables-d’Olonne, nous sensibilisons systématiquement nos équipes et nos clients à ces risques. Certains matériaux, particulièrement dans les toitures et cloisons, peuvent libérer des fibres dangereuses lors des travaux sans protection adéquate.
Calcul et barèmes des indemnisations pour les ayants droit
Le conseil d’administration du FIVA a revalorisé les barèmes d’indemnisation le 15 juin 2023, applicables aux demandes reçues à partir du 1er octobre 2023. Ces montants varient selon le lien avec la victime et distinguent deux types de préjudices : celui lié au décès lui-même et celui lié à l’accompagnement de la victime durant sa maladie.
| Lien avec la victime | Préjudice lié au décès | Préjudice d’accompagnement | Total |
|---|---|---|---|
| Conjoint | 26 400 € | 9 600 € | 36 000 € |
| Enfant -25 ans au foyer | 18 000 € | 9 600 € | 27 600 € |
| Enfant +25 ans au foyer | 10 800 € | 6 000 € | 16 800 € |
| Enfant hors foyer | 6 000 € | 3 600 € | 9 600 € |
| Parent | 9 600 € | 3 600 € | 13 200 € |
| Petit-enfant | 3 600 € | – | 3 600 € |
| Fratrie | 3 600 € | 2 400 € | 6 000 € |
Concernant le préjudice économique des ayants droit, son évaluation repose sur la comparaison des revenus du ménage avant et après le décès. Le calcul prend en compte une moyenne des revenus perçus par le foyer durant les trois années précédant l’apparition de la maladie. À cette moyenne s’ajoute la rente d’incapacité fonctionnelle que la victime aurait perçue.
Sur nos chantiers de rénovation énergétique, nous constatons que les anciens artisans sont particulièrement concernés par ces risques, ayant travaillé pendant des décennies sans protection adaptée. Pour leurs familles, le préjudice économique peut être considérable, surtout quand le décès survient avant l’âge de la retraite.

Procédure et fiscalité des indemnisations versées
Pour engager une demande d’indemnisation, les ayants droit doivent compléter un formulaire spécifique et fournir plusieurs justificatifs. Dans notre accompagnement des familles, nous recommandons de rassembler préalablement :
- Les certificats médicaux attestant de la maladie liée à l’amiante
- L’acte de décès de la victime
- Les documents prouvant le lien avec la victime (livret de famille, certificat de concubinage…)
- Les documents relatifs aux revenus du foyer avant et après le décès
Les indemnités supérieures à 2 400 € proposées à l’action successorale sont versées directement au notaire en charge de la succession, sauf mandat spécial accordé à un avocat. Ces sommes bénéficient d’un régime fiscal avantageux puisqu’elles sont déductibles de l’actif successoral soumis à l’impôt, conformément à l’article 775 bis du Code général des impôts.
Un aspect souvent méconnu concerne la non-imposition des indemnisations versées par le FIVA. Qu’il s’agisse des sommes perçues par la victime de son vivant ou par les ayants droit après le décès, ces indemnités sont considérées comme réparant des troubles résultant d’une pathologie et ne sont donc pas soumises à l’impôt.
Pour les anciens salariés des industries électriques et gazières, il existe un dispositif complémentaire appelé « aide bénévole amiante », versé par la CNIEG. Cette aide représente 20% du montant de l’indemnisation perçue au titre de la maladie professionnelle. En cas de décès, cette aide est reportée sur les rentes des ayants droit, sauf en cas de reconnaissance d’une faute inexcusable de l’employeur.
Dans notre métier de maître d’œuvre, nous prenons très au sérieux les diagnostics amiante avant travaux. Protéger nos équipes aujourd’hui, c’est aussi éviter ces drames pour leurs familles demain. La connaissance des dispositifs d’indemnisation reste essentielle pour tous les professionnels du bâtiment confrontés à ce risque invisible mais bien réel.



